dimanche 13 mars 2011

Documents sur le Front Populaire

Les premiers congés payés de 1936 et les "billets Léo Lagrange". (cliché René Dazy)



Léo Lagrange, fut dans l'histoire de France, le premier sous-secrétaire d'Etat chargé des Sports et de l'organisation des Loisirs. Il obtint un premier grand succès avec la création du "billet populaire de congés annuels" après de dures négociations avec les compagnies (alors privées) de chemins de fer. Valable trente et un jour maximum, impliquant un séjour minimum de cinq jours au point de destination, le billet Lagrange (appelés immédiatement ainsi par l'opinion) entraîne, pour les travailleurs en congé et les membres de leurs familles, une réduction de 40% sur le prix du billet aller et retour normal (demi-tarif pour les enfants de 3 à 7 ans). En même temps, on a créé, pour les départs en groupe de plus de dix personnes, un billet collectif à 50%. La presse de droite dénonce alors les "trains de plaisir du Front Populaire" (George Ravon dans les colonnes du Figaro du 5 août 1936) et l'invasion des "trains rouges" sur la Côte d'Azur qui fait fuir ... les "trains bleus"! Dans la réalité, les congés payés ont souvent relancés les affaires d'un secteur touristique en plein marasme (Henry Noguères, La vie quotidienne au temps du Front Populaire, Hachette, 1977).


Place de la Nation - Le 14 juillet 1936: la tristesse de Roger Salengro à la tribune officielle des organisateurs de la manifestation entre Bastille et Nation.


Le Front Populaire célèbre la victoire du printemps 1936 par un grand défilé populaire entre la place de la Bastille et de la Nation. Tous les grands leaders du Front Populaire sont présents à la tribune officielle place de la Nation pour accueillir les manifestants. On distingue sur cette photo, de la gauche vers la droite Thérèse Blum (Mme Blum), Léon Blum (SFIO), Président du Conseil. Derrière lui, on entrevoit Daladier (Parti Radical), Vice-Président du Conseil, se roulant une cigarette, Maurice Thorez secrétaire général du Parti Communiste (avec l'écharpe tricolore), puis Roger Salengro (SFIO), ministre de l'Intérieur, Maurice Violette (USR - Union Socialiste Républicaine), ministre d'Etat, et Pierre Cot (Parti Radical), ministre de l'air. Tranchant avec l'attitude euphorique de ses voisins de tribune, Salengro semble crispé, la mine sombre, les bras croisés (c'est son attitude sur toutes les photos prises à des moments différents à la tribune officielle ce jour-là). On ne peut s'empêcher de faire le lien entre ce visage sombre de Salengro et l'"affaire Salengro" qui vient de commencer. En effet, c'est ce jour-là, le 14 juillet 1936, que le quotidien de Charles Maurras, l'Action Française, publie un article non signé s'indignant que Roger Salengro puisse s'incliner devant la tombe du soldat inconnu. L'article accuse Salengro d'avoir déserté durant la Première Guerre mondiale. C'est le début d'une terrible campagne de presse, dénonçant Salengro le déserteur et animé par la presse d'extrême-droite (Gringoire notamment)qui conduira le ministre à se suicider le 17 novembre 1936. Ce jour-là, alors qu'il rentrait chez lui, un passant le reconnaît, lui crache au visage et l'insulte. A l'issue de cet incident, une fois rentré chez lui, Salengro met fin à ses jours. Si Salengro fut effectivement prisonnier le 7 octobre 1915, c'est en allant chercher, au péril de sa vie, un camarade mort entre les lignes, le sergent Demailly. Son attitude en captivité fut courageuse puisqu'il se retrouva dans un camp disciplinaire en Prusse destiné aux fortes têtes. L'accusation de désertion fut proféré une première fois par les autorités militaires à la demande de son chef de bataillon en 1916, mais la qualité de militant SFIO avant-guerre (qui valut à Salengro de figurer dans le fameux carnet B de Malvy) ne devait pas lui attirer que des amitiés dans la hiérarchie militaire. Au jour d'aujourd'hui, les historiens considèrent que Salengro a bien été fait prisonnier mais qu'il ne s'agissait pas d'une désertion.