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samedi 19 novembre 2011

Paul Cézanne ou l'impressionnisme des volumes

Paul Cézanne, Les Joueurs de cartes, 1890-1895, Musée d'Orsay, Paris.

Paul Cézanne (1839-1906)


Cézanne est originaire d'Aix-en-Provence. Son père issu d'une famille d'artisans est chapelier. Il est doué pour les affaires et assure à sa famille une vie confortable dont profitera le jeune Cézanne. C'est au lycée que Paul Cézanne rencontre Emile Zola, début d'une longue amitié entre les deux hommes. Cézanne mène en parallèle des études de droits qu'il n'apprécie guère et les cours de dessin. Son père finit par accepter l'idée que Paul devienne peintre.
Après avoir abandonné ses études de droit, Cézanne rejoint Paris en 1862, où il vit grâce aux subsides familiaux. Il a le soutien de son ami Emile Zola et, grâce à ce dernier, il rencontre Manet en 1866. Si sa peinture est très marquée par les Romantiques comme Delacroix, ses amitiés le poussent vers les peintres impressionnistes comme Pissarro ou Guillaumin. Ses tableaux dénotent déjà une grande diversité thématique : portraits, scènes historiques ou religieuses, natures mortes, paysages de Provence où il retourne fréquemment. Cézanne les propose régulièrement au Salon Officiel de Paris mais ils sont tout aussi régulièrement refusés. En 1869, il fait la rencontre de Hortense Figuet, un modèle, qui deviendra son épouse.

Paul Cézanne, La Pendule Noire, 1869-1871, Collection particulière.
En 1872, Cézanne s'installe à Auvers-sur-Oise, où il peint avec Pissarro. C'est durant cette période que sa peinture s'imprègne de la manière impressionniste, notamment en délaissant l'atelier au profit de la peinture en plein air. En 1874, les impressionnistes organisent leur première exposition collective dans l'atelier du photographe Nadar mais le public accueille très mal les toiles de Cézanne qui en présente trois (Une moderne Olympia, La Maison du pendu et Étude, paysage d'Auvers-sur-Oise).

Paul Cézanne, La Maison du Pendu, Auvers-sur-Oise, 1873. Musée d'Orsay, Paris.
Il montre 16 nouvelles œuvres en 1877 à la troisième manifestation des Impressionnistes mais la réaction du public est tout aussi violente.



Paul Cézanne, Portrait de Victor Chocquet, 1874, Institute Museum Chicago. Un des 16 tableaux présentés à l'Exposition impressionniste de 1877.

Cézanne sort meurtri de ces échecs successifs. Il prend ses distances avec ses amis et veut dépasser l'impressionnisme avec ses propres recherches. Si il se rapproche d'un des principes fondamentaux de l'impressionnisme, qui consiste à se concentrer totalement sur la vision, il ne veut pas en rester à fixer seulement l'"impression" qui en résulte. S’il n’oublie pas la leçon de fraîcheur, de vibrations colorées et lumineuses des impressionnistes, chez lui la modulation de la couleur recherche désormais davantage à exprimer les volumes que les effets atmosphériques et la luminosité (« Trouver les volumes », « faire du Poussin sur nature », « quelque chose de solide comme l‘art des musées »).Cézanne ne veut pas se servir du dessin-ligne ou des clairs-obscurs pour marquer les formes, il veut le faire par les couleurs.


Paul Cézanne, Le pont de Maincy (près de Melun) vers 1879; Musée d’Orsay, Paris.

En 1882, il rejoint la Provence, d'abord à L'Estaque, puis à Gardanne en 1885, petit village près d'Aix. Là, il commence son cycle de peintures sur la Montagne Sainte-Victoire, qu'il représente dans près de 80 œuvres (pour moitié à l'aquarelle). Il doit faire face à une situation financière précaire, d'autant plus que son père réduit son soutien financier. L'année 1886 voit se succéder les évènements importants. La rupture avec Zola d'abord, qui lui a envoyé son roman, l'Œuvre, histoire d'un peintre maudit et raté, Claude Lantier, dans lequel Cézanne croit se reconnaître. C'est aussi l'année de son mariage avec Hortense. Enfin, c'est l'année de la mort de son père qui lui laisse un héritage confortable lui procurant une sécurité matérielle jusqu'à la fin de ses jours.
Paul Cézanne, Le golfe de Marseille vu depuis l'Estaque, 1882-1885, Metropolitan Museum of Art, New-York.

Paul Cézanne, Madame Cézanne dans la serre, 1890-1892, Metropolitan Museum of Art New-York.

Il faut attendre le milieu des années 1890 pour qu'enfin Cézanne commence à être reconnu comme un grand peintre par une partie de la critique et des artistes. C'est un jeune marchand d'art, Ambroise Vollard, 27 ans, qui en organisant en 1895 une exposition de 150 œuvres de Cézanne, est à l'origine de ce début de notoriété.

Paul Cézanne, Autoportrait, 1898-1900. Institute Museum, Boston.

Paul Cézanne, Nature-morte aux pommes et aux oranges, 1895-1900. Musée d'Orsay, Paris.


Dans ses derniers tableaux, Cézanne se rapproche d’une forme d’abstraction géométrique en s’éloignant d’une représentation réaliste. Sa peinture est marquée par l'opposition des couleurs rouges et des couleurs bleutées. Autre caractéristique, le refus de l’étagement des valeurs et de la dégradation du ton avec l’éloignement. Souvent, les surfaces ont la même intensité colorée, qu’elle soit située au premier plan ou à l’horizon. C’est le contraste entre ton chaud et ton froid qui restitue la profondeur, par étagement de plans successifs. Pour lier les deux couleurs complémentaires, le peintre introduit des vibrations oranges dans les bleus, des irisations bleues dans les oranges.

Paul Cézanne, le Château noir, 1904. Musée National Picasso, Paris.
Cézanne, comme Molière, meurt dans l'accomplissement de son art. En octobre 1906, alors qu'il peint dans la solitude du massif de la Sainte-Victoire, un orage éclate et le peintre s'effondre à la suite d'un malaise. Recueilli par des paysans, il est ramené chez lui où il succombe quelques jours plus tard à la suite d'une pneumonie.

Paul Cézanne, Nature-morte aux trois crânes,1900. Institute of fine Arts. Detroit, Michigan

Quelques déclinaisons sur le thème de la Sainte-Victoire
Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire 1882-1885,Metropolitan Museum of Art, New-York.Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire 1902-1904,Collection privée.Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire 1904, Philadelphia Museum of Art.Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire 1904-1906,Collection particulière.

samedi 8 octobre 2011

Paul Gaughin, le voyageur.

Paul Gauguin
Paul Gauguin, Arearea - Joyeusetés 1892, Paris, musée d'Orsay.



Paul Gauguin, Autoportrait, 1893, Paris, Musée d'Orsay.Paul Gauguin (1848-1903) est le fils du journaliste Clovis Gauguin qui écrivait dans le journal républicain Le National et de Aline Chazal, fille de Flora Tristan. Par sa mère, il descendait de propriétaires terriens espagnols d'Amérique du Sud, peut-être même d'un Vice-Roi du Pérou (Gauguin lui-même se réclamait d'origine Inca). Il a passé une partie de sa jeunesse à Lima, au Pérou, où son père s'était exilé après le coup d'Etat de Napoléon III. Le futur peintre choisit d'emblée une vie aventureuse, en s'embarquant comme novice sur un clipper à l'âge de 17 ans (1865) où il obtient le grade de Lieutenant. Puis c'est le service militaire dans la marine française, qu'il effectue de 1868 à 1870, qui semble conforter sa vocation de marin. Mais, en 1870, il change complètement de vie en devenant agent de change à la Bourse de Paris. Au début des années 1870, alors qu'il est devenu un riche bourgeois, il rencontre les peintres impressionnistes et participe au début du mouvement en s'adonnant à la peinture en amateur.
Paul Gauguin, La Seine au pont d'Iéna, 1875, Paris, Musée d'Orsay.
Gauguin devra à l'impressionnisme son sens de la lumière de plein air, la luminosité de ses couleurs, et son indépendance à l'égard des conventions.




Paul Gauguin: Les toits bleus à Rouen (1884), Collection particulière.
Quand la Bourse est touchée de plein fouet par la crise économique de 1882, Gauguin abandonne soudain son métier d'agent de change pour se consacrer à plein temps à la peinture. Son changement de situation financière entraîne aussi sa rupture avec son épouse et sa belle-famille danoise. Gauguin, au nom de son art, ne cessera par la suite de connaître des conditions de vie précaires, voire misérables. En 1886, Gauguin arrive à Pont-Aven, où il effectuera plusieurs séjours jusqu'à son départ définitif en Polynésie. Dans une Bretagne encore marquée par la religion catholique et les traditions, il rejoint les peintres de "l'école de Pont-Aven" qui ont pour point commun la fascination qu'exerce sur eux les paysages et les habitants de la côte bretonne. Sa peinture est très influencée par les estampes de l'art japonais popularisé par l' Expo Universelle de 1878, ainsi que par l’art indigène des territoires rencontrés.



Paul Gauguin, Vision après le sermon (lutte de Jacob avec l'ange),1888, Edinburgh, National Gallery of Scotland.
En 1887, il renoue avec l'aventure en s'embarquant pour Panama, afin de participer à la construction du canal entreprise depuis 1881 sous la direction de Ferdinand de Lesseps, dans des conditions particulièrement difficiles (pluies et inondations meurtrières, paludisme) qui transformeront l'entreprise française en déroute. Gauguin, après quelques semaines, rejoint la Martinique où il séjourne de juin à octobre 1887, à l'Anse Turin au Carbet, à deux kilomètres de Saint-Pierre.



Paul Gauguin, Végétation tropicale, Martinique, 1887, Collection particulière.
Atteint par la dysenterie et la malaria, Gauguin est de retour en France en novembre 1887. Proche de Pissarro puis de Cézanne, il devient l' ami de Vincent Van Gogh avec qui il entretient une importante correspondance sur leurs expériences picturales respectives. Gauguin rejoint Van Gogh à Arles mais leur deux mois de vie commune en 1888 s'achève dramatiquement du fait de la fragilité mentale de Vincent. Van Gogh après avoir menacé Gauguin de son rasoir finit par se trancher le lobe de l'oreille (selon la version de Gauguin, aujourd'hui contestée).
Paul Gauguin, Vincent Van Gogh peignant les tournesols, 1888, Amsterdam, musée Van Gogh.Paul Gauguin, Café de Nuit à Arles (Madame Ginoux), 1888, Moscou, Musée Pouchkine.Paul Gauguin, Les Alyscamps, 1888, Paris, Musée d'Orsay.Les deux amis continueront cependant de s'écrire jusqu'au décès de Van Gogh. Gauguin rejoint ensuite Pont-Aven. Là, il peint selon la méthode du "cloisonnisme", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail. Gauguin évolue vers le synthétisme dans le sens d'une simplification des formes: il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Paul Gaughin, Paysage de Bretagne. Le moulin David, 1894, Paris, Musée d'Orsay.




Paul Gauguin, Nature morte avec vue sur Pont-Aven, 1890, Baden (Suisse), Musée Langmatt.
Gauguin se rapproche des Nabis et des Symbolistes convaincu de la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel (depuis Courbet) et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Il renoue avec les sujets religieux et mystiques, ce qui l'éloigne des peintres impressionnistes, notamment dans ses autoportraits.
Paul Gauguin, Autoportrait au Christ jaune, 1889-1890, Paris, Musée d'Orsay.



Paul Gauguin, Le Christ Jaune, 1889, Buffalo(Etat de New York), Albright-Knox Art Gallery.
En 1891, Gauguin s’embarque pour la Polynésie, où il s'installe à Tahiti . Cette île lointaine découverte en 1767 par l'anglais Samuel Wallis puis l'année suivante par le Français Bougainville et l'Anglais James Cook, ne cesse de fasciner les Européens. Décrite par Bougainville comme la "Nouvelle-Cythère", Tahiti devenu protectorat (1842) puis colonie(1880) française, incarne pour des voyageurs comme Pierre Loti, l'archétype de ce que devait être l'Eden primitif (dans "Le Mariage de Loti", roman autobiographique paru en 1882). Or, c'est bien cela que recherche Gauguin : trouver une nature primordiale où cultiver, pour lui-même et pour son art, ce qu'on a appelé son primitivisme, ce "malgré moi de sauvage" comme il l'écrivait à sa femme, ses origines profondes d'Inca du Pérou - comme il se représente désormais dans ses autoportraits. Gauguin y renouvelle son inspiration en adoptant un style en apparence plus primitif, marqué par une prodigieuse invasion des couleurs.
Paul Gauguin, Femmes de Tahiti, 1891, Paris, Musée d'Orsay.


Paul Gauguin, Femme au fruit, 1893, Saint-Pétersbourg, musée de l'Hermitage.A Tahiti, Gauguin trouve aussi l'amour en la personne de Tehura, sa compagne qui n'a que treize ans au début de leur liaison. comme le montre Après un bref retour en France à Pont-Aven (1893-1895), Gauguin retourne définitivement en Polynésie (1895-1903)malgré sa santé défaillante. Séjournant de nouveau à Tahiti, dans des conditions de dénuement qui peuvent expliquer ses fréquentes dépressions, il y réalise cependant une de ses plus grands chefs d'œuvre "D'où venons-nous? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?" qui témoigne de son intérêt pour les sujets mystiques. En 1901, il part résider aux Marquises et se heurte aux autorités françaises quand il prend la défense des Polynésiens en leur conseillant de ne pas payer l'impôt colonial. Il meurt le 8 mai 1903, épuisé par la pauvreté et l'abus de morphine.
Paul Gauguin, "D'où venons-nous? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?", 1897,Boston, Museum of Fine Arts.
La peinture de Gauguin qui fait la part belle, par ses audaces, au couleurs vives, aura une très grande influence sur les jeunes peintres du fauvisme ou de l'expressionnisme.

dimanche 25 septembre 2011

Vincent Van Gogh

Nuit étoilée sur le Rhône (vue depuis Arles), septembre 1888, Paris, Musée d'Orsay.
Vincent Van Gogh
Pour les hommes du début du XXIe siècle, la peinture à la fin du XIXe siècle est dominée par trois artistes isolés, tous à un moment influencés par l’impressionnisme, mais qui adoptent chacun une démarche originale et qui ne rencontrèrent pas le succès de leur vivant: Gaughin, Cézanne et Van Gogh.
Autoportrait au chapeau de feutre, 1887, Amsterdam, Musée Van Gogh.

Vincent Van Gogh (1853-1890), venu de Hollande débarque à Paris en 1886 pour y retrouver son frère Théo, marchand d’art. Il y découvre l’impressionnisme et les estampes japonaises. Mais il gagne ensuite la Provence en février 1888. Il séjourne à Arles de février 1888 à mai 1889 puis, pour y être hospitalisé dans un asile d'aliénés, à Saint-Rémi-de-Provence de mai 1889 à mai 1890. Durant toute cette période, et malgré sa santé mentale souvent défaillante, Vincent Van Gogh se montre très productif.
Oliviers avec les Alpilles à l'arrière-plan, 1889, New York, Museum of Modern Art.
Au contact d'une nature méditerranéenne à la lumière aveuglante et resplendissante de mille couleurs, Vincent peint des toiles qui annoncent le fauvisme et l’expressionnisme: autoportraits, sa propre chambre à coucher à Arles, reproductions d’œuvres célèbres ou des sujets similaires concernant la nature : les fleurs, les champs de blé, les vergers fleurissant etc.
La Chambre à coucher, 1888, Amsterdam, Musée Van Gogh.
Il fait également des séries de portraits, surtout en peignant chaque membre de la famille Roulin ou des séries de semeurs, des scènes nocturnes. A Saint-Rémi-de-Provence, durant sa convalescence, les peintures de cette période sont souvent caractérisées par des remous et des spirales.
La Nuit étoilée, 1889, New York, Museum of Modern Art.

Comme les impressionnistes, Van Gogh s’intéressent aux jeux de la lumière et de la couleur à travers les motifs de la nature.
Route avec un cyprès et une étoile, 1890, Otterlo, Musée Kröller-Müller, Pays-Bas.
La méridienne ou La sieste (d'après Millet) décembre 1889-janvier 1890, Paris, Musée d'Orsay.Par la dramatisation et la simplification des scènes et par la nervosité de la touche, l'exagération des lignes et des couleurs, Van Gogh est aussi considéré comme un précurseur de l’expressionnisme.
Autoportrait à l'oreille bandée, 1889, Londres, The Courtauld Gallery.
Par sa remarquable palette de couleurs vives et flamboyantes, notamment dans sa période arlésienne, Van Gogh est une source d’inspiration pour les peintres fauves tels Derain ou De Vlaminck.
Le Café de nuit, 1888, New Haven, Yale University Art Gallery.
Après avoir rendu visite à Theo à Paris, Van Gogh s'installe à Auvers-sur-Oise, situé à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de PariS. Cette commune rurale du Vexin français était déjà connue dans le milieu des peintres, initialement par les paysagistes de l'école de Barbizon puis par les impressionnistes. Van Gogh y passe les deux derniers mois de sa vie de mai à juillet 1890. Il bénéficie des soins du docteur Gachet, ami de Paul Cézanne et des impressionnistes, lui-même peintre amateur.
Le Docteur Gachet, 1890, collection privée.

Lorsque Van Gogh, épuisé par des crises de démence, se suicide le 27 juillet 1890, à Auvers-sur-Oise, il commence seulement à être reconnu par les critiques artistiques mais il reste ignoré du grand public. Vincent Van Gogh meurt deux jours après sa tentative de suicide, le 29 juillet 1890.
Champ de blé aux corbeaux, 1890, Musée van Gogh, Amsterdam, Pays-Bas.

lundi 24 janvier 2011

Le symbolisme

Le symbolisme

Odilon Redon, Le Bouddha, entre 1906 et 1907, Musée d'Orsay, Paris.


Le symbolisme est un courant artistique qui s’exprime entre 1886 et 1900. Il touche tous les domaines de la création (littérature, poésie), musique, peinture…Les artistes rejettent le matérialisme, la technique, le positivisme. Ils s’évadent dans le rêve, la mélancolie et le spiritualisme, puisent leur inspiration dans la Bible, les mythes, les légendes et les contes de fée. Ils expriment une réaction contre une société qu’ils jugent décadente. La femme tout particulièrement fascine les peintres symbolistes qui la voit pure, hiératique et vertueuse ou, au contraire, beauté fatale qui entraîne l’homme vers la mort (Salomé, Hélène). Ce sont les Femmes idéalisées de Pierre Puvis de Chavanne (1824-1898), les héroïnes légendaires et redoutables de Gustave Moreau (1825-1898) dans des compositions visionnaires et richement colorées, l’univers des songes dans les oeuvrres d’Odilon Redon (1840-1916). Les symbolistes pratiquent la précision du dessein mais cette peinture s’enrichit aussi d’expériences variées: hasard des taches colorées, le flou, les formes vacillantes, la sensualité des tons…

Quelques oeuvres majeures du symbolisme
Gustave Moreau, Zeus et Sémélé, 1894-1895, musée Gustave Moreau (Paris)
Zoom : cliquer sur le tableau
Gustave Moreau (1826-1898) est l'un des peintres symbolistes les plus connus. Il a multiplié les tableaux se rapportant à la mythologie. Sur ce tableau, Moreau reprend ici la légende de Zeus et de Sémélé, une mortelle et une des nombreuses amantes du dieu. Héra, jalouse de cette dernière, emprunta les traits de Béroé, la nourrice de Sémélé, et conseilla à sa rivale de demander à Zeus de lui apparaître dans toute sa gloire. Épouvanté, mais n'osant refuser car il lui avait promis de lui accorder tout ce qu'elle désirerait, Zeus se présenta donc devant elle avec sa foudre et ses éclairs : en un instant la malheureuse fut foudroyée. Le dieu eut cependant le temps de retirer, du sein de Sémélé, Dionysos, le fils qu'elle avait conçu. Zeus l'aurait ensuite gardé dans sa cuisse jusqu'à ce qu'il naisse.
Sur le tableau, on observe Zeus, représenté comme Apollon c'est-à-dire avec la lyre, représentant la lumière, l'amour et Sémélé, la fille de Cadmos, le fondateur de Thèbes et d' Harmonie, une fille d' Aphrodite. Zeus dans le tableau est en train de consumer son amante. Sémélé est pâle et on comprend qu'elle est morte. Gustave Moreau l'a représentée plus petite que le dieu, moins importante car c'est une simple mortelle. Sur le flan droit de Sémélé, on observe son fils, Dionysos, ailé, qu'elle a eu avec Zeus. Gustave Moreau représente le moment où Zeus sort l'enfant des cendres de sa mère pour le mettre dans sa cuisse jusqu'à sa naissance. Moreau est un symboliste et il a parsemé son tableau de nombreux symboles : les pommes rouges illustreraient le désir de Sémélé de voir son amant de Dieu dans toute sa splendeur. Zeus tient dans la main un narcisse qui représente la mort : Zeus a la vie de Sémélé entre ses mains.Plus tard, Dionysos soustrait sa mère des enfers et l'emmène au Ciel où elle devient immortelle sous le nom de Thyoné.

Gustave Moreau, Les prétendants, 1852-60, agrandi en 1882, Musée Gustave Moreau, Paris.

Gustave Moreau, Les Athéniens livrés au Minotaure, 1855.

Gustave Moreau, Oedipe et le Sphinx, 1864, Metropolitan Museum of Art, New York.
Gustave Moreau, Hercule et l'Hydre de Lerne, 1869-1876, Chicago Art Institut.

Arnold Böcklin, Vénus anadyomène, (1872), Saint Louis Art Museum.

Arnold Böcklin, L'Île des Morts, version de 1886 (il y en eu 5 entre 1879 et 1886), Museum der bildenden Künste de Leipzig.
Arnold Böcklin, Ulysse et Calypso, 1883, Kunstmuseum, Bâle
Pierre Puvis de Chavanne, Le Pauvre Pêcheur, 1881, Musée d'Orsay, Paris
Pierre Puvis de Chavanne, Le Rêve, 1883, Musée d'Orsay, Paris.Pierre Puvis de Chavanne, Orphée, 1883, Musée d'Orsay, Paris.

Henry de Groux, Zola aux outrages, 1898, Musée Emile Zola, Médan.

Carlos Schwabe, La mort du fossoyeur , 1895-1900, aquarelle et gouache sur esquisse à la mine de plomb sur papier, Paris, Musée du Louvre, cabinet des dessin.

Carlos Schwabe, affiche du premier Salon de la Rose+Croix, 1892, lithographie, collection particulière.

Jean Delville, La Mort d'Orphée, 1893, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.

Gustav Klimt, Le Baiser, 1907-1908, Vienne, Palais du Belvédère, Österreichische Galerie Belvedere.

Gustav Klimt, La Philosophie, 1900, Peinture détruite par le feu en 1945 au Immendorf Palace.

Fernand Holder, Le Bûcheron, 1910, Musée d'Orsay, Paris.

Odilon Redon, Béatrice, 1885, collection privée.

Odilon Redon, Pandore, 1910, Metropolitan Museum of Art, New York.Odilon Redon, La Naissance de Vénus, 1912, Museum of Modern Art(MOMA) de New York.

Gaston Bussière, Cassandre sur les remparts de Troie, début du XXe siècle, Musée des Ursulines, Macon.