Paul Gauguin, Arearea - Joyeusetés 1892, Paris, musée d'Orsay.
Gauguin devra à l'impressionnisme son sens de la lumière de plein air, la luminosité de ses couleurs, et son indépendance à l'égard des conventions.
Quand la Bourse est touchée de plein fouet par la crise économique de 1882, Gauguin abandonne soudain son métier d'agent de change pour se consacrer à plein temps à la peinture. Son changement de situation financière entraîne aussi sa rupture avec son épouse et sa belle-famille danoise. Gauguin, au nom de son art, ne cessera par la suite de connaître des conditions de vie précaires, voire misérables. En 1886, Gauguin arrive à Pont-Aven, où il effectuera plusieurs séjours jusqu'à son départ définitif en Polynésie. Dans une Bretagne encore marquée par la religion catholique et les traditions, il rejoint les peintres de "l'école de Pont-Aven" qui ont pour point commun la fascination qu'exerce sur eux les paysages et les habitants de la côte bretonne. Sa peinture est très influencée par les estampes de l'art japonais popularisé par l' Expo Universelle de 1878, ainsi que par l’art indigène des territoires rencontrés.
Atteint par la dysenterie et la malaria, Gauguin est de retour en France en novembre 1887. Proche de Pissarro puis de Cézanne, il devient l' ami de Vincent Van Gogh avec qui il entretient une importante correspondance sur leurs expériences picturales respectives. Gauguin rejoint Van Gogh à Arles mais leur deux mois de vie commune en 1888 s'achève dramatiquement du fait de la fragilité mentale de Vincent. Van Gogh après avoir menacé Gauguin de son rasoir finit par se trancher le lobe de l'oreille (selon la version de Gauguin, aujourd'hui contestée).
Paul Gauguin, Vincent Van Gogh peignant les tournesols, 1888, Amsterdam, musée Van Gogh.
Paul Gauguin, Café de Nuit à Arles (Madame Ginoux), 1888, Moscou, Musée Pouchkine.
Paul Gauguin, Les Alyscamps, 1888, Paris, Musée d'Orsay.Les deux amis continueront cependant de s'écrire jusqu'au décès de Van Gogh. Gauguin rejoint ensuite Pont-Aven. Là, il peint selon la méthode du "cloisonnisme", une technique picturale cernant chaque plan de couleur d'une fine cloison, un peu à la manière de la technique du vitrail. Gauguin évolue vers le synthétisme dans le sens d'une simplification des formes: il élimine les détails pour ne garder que la forme essentielle, simplification obtenue par l'usage du cerne et de l'aplat de couleur.
Paul Gaughin, Paysage de Bretagne. Le moulin David, 1894, Paris, Musée d'Orsay.
Gauguin se rapproche des Nabis et des Symbolistes convaincu de la nécessité de libérer la peinture de sa sujétion au réel (depuis Courbet) et de laisser davantage de place à l'idée ou à la symbolique. Il renoue avec les sujets religieux et mystiques, ce qui l'éloigne des peintres impressionnistes, notamment dans ses autoportraits.
Paul Gauguin, Autoportrait au Christ jaune, 1889-1890, Paris, Musée d'Orsay.
En 1891, Gauguin s’embarque pour la Polynésie, où il s'installe à Tahiti . Cette île lointaine découverte en 1767 par l'anglais Samuel Wallis puis l'année suivante par le Français Bougainville et l'Anglais James Cook, ne cesse de fasciner les Européens. Décrite par Bougainville comme la "Nouvelle-Cythère", Tahiti devenu protectorat (1842) puis colonie(1880) française, incarne pour des voyageurs comme Pierre Loti, l'archétype de ce que devait être l'Eden primitif (dans "Le Mariage de Loti", roman autobiographique paru en 1882). Or, c'est bien cela que recherche Gauguin : trouver une nature primordiale où cultiver, pour lui-même et pour son art, ce qu'on a appelé son primitivisme, ce "malgré moi de sauvage" comme il l'écrivait à sa femme, ses origines profondes d'Inca du Pérou - comme il se représente désormais dans ses autoportraits. Gauguin y renouvelle son inspiration en adoptant un style en apparence plus primitif, marqué par une prodigieuse invasion des couleurs.
Paul Gauguin, Femmes de Tahiti, 1891, Paris, Musée d'Orsay.
Paul Gauguin, "D'où venons-nous? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?", 1897,Boston, Museum of Fine Arts.La peinture de Gauguin qui fait la part belle, par ses audaces, au couleurs vives, aura une très grande influence sur les jeunes peintres du fauvisme ou de l'expressionnisme.




































